• Vénus Rebelle

Présentation de la série - Art Collaboratif : Les [sɛ̃]*

Mis à jour : 2 nov. 2020


Inspiration – Création :

Encore en 2020, apercevoir des seins, découverts ou non du reste, choque encore. Que ce soit sur les plages du Sud de la France en été, sur Instagram ou Facebook en tout temps, dans les collèges, lycées pour ne pas déconcentrer certains si les décolletés sont jugés trop profonds, pour entrer dans les musées là où la nudité dans l’art offense pourtant moins, dans la rue, dans les foyers… Stop.

J’ai choisi d’interpeller par les mots rendus visuels. Des [sɛ̃]* partout, de toutes les couleurs, sous toutes les formes, à l’image de tous ceux qui existent. Que toutes et tous, nous nous habituions à cette diversité, cette beauté qu’il ne faudrait surtout ne pas voir, ne pas montrer, ne pas toucher ni du doigt ni de l’esprit.

Trente-cinq femmes, de 12 à 93 ans, m’ont donc prêté leur plume à travers l’écriture de ces cinq homonymes [sɛ̃]. Tous aux pluriels, en écho à la pluralité du réel, tous repris tel quel, sans déformation. La langue française nous offre cette riche opportunité. Cinq mots différents, qui ne s’écrivent pas de la même manière mais qui portent tous ce même son. Chaque variation de la série a été pensé pour mettre en avant cette diversité symbolisée par la diversité des mots, des écritures et de chacune de mes interprétations. Mais sans jamais dévoiler aucune image réelle de sein, uniquement les symboles à libre interprétation.

Dans ce projet d’art collaboratif, les [sɛ̃] s’arborent fièrement, ils sont visibles ! L’objectif est de contribuer à l’acceptation des corps, tels qu’ils sont. Les colorés, les noirs, les petits, les gros, les vieux, les arrondis, les tremblants, les affirmés, les jeunes, les courbés, les verticaux, les fantaisistes, les penchés, les arrondis comme les plus anguleux. Les MAJUSCULES ou les minuscules. Malgré toutes ces nuances, ils se prononcent tous pareils. Ce sont tous des [sɛ̃], pluriels et pourtant singuliers, mis en valeur dans leur plus simple appareil. Chaque plume, quant à elle unique, fait fi des critères esthétiques que la société cherche à imposer.

Il est vrai aussi, parfois l’écriture est imparfaite ou illisible. Elle peut être fine ou mince, appuyée ou légère, rapide ou lente. Rien qui ne justifie une quelconque honte. Certaines m’ont pourtant confié ne pas vouloir participer car elles n’aiment pas leur écriture.

« Elle n’est pas jolie, pas esthétique ».

Quelle ironie : aucune participante ne savait que mon but est de contribuer à l’acceptation du corps, à la célébration de sa diversité par l’écriture.

La volonté de censure des ignorant.e.s ne fait qu’apporter davantage de lumière sur ce qu’il faudrait cacher, ces [sɛ̃] que personne ne saurait voir. La censure ne gagnera pas.

Ici, elle n’a pas d’emprise : les mots ne dévoilent aucune image qui pourrait être honteusement considéré comme impudique. Cinq mots démultipliés en différentes variations au service de la beauté des corps.

En travaillant cette réponse artistique intimement liée à l’actualité, j’ai réalisé que l’écriture et les mots semblent des réponses vouées à l’échec au temps des vidéos, du tout photos et des textes qui se lisant en moins de deux minutes. Si peu de secondes consacrées à d’autres formes d’expression que l’image. Cette écriture qui nous met pourtant face aux réalités, face à nous-mêmes, lorsque nous écrivons de notre main. D’autant que dans ce monde de plus en plus virtuel et digitalisable, l’écriture tend à disparaitre. Dans mes propositions créatives, l’image et les mots, sont indissociables.

Cette œuvre n’aurait pas été possible sans ces femmes. Ces 35 personnes m’ont offert leur plume et leur confiance. Je les remercie toute, une à une, de ce précieux cadeau. J’espère en avoir été digne. BRAVO et MERCI à elles d’avoir participé à donner de la visibilité à tous ces magnifiques [sɛ̃] !


*retranscription phonétique des cinq homonymes. Se dit "sein".


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